Fiasco de l’équipe de France
Nous avons tous participé à ce que l’on nomme « fiasco » « naufrage » ou « psychodrame ». Nous assistons maintenant à la chasse aux sorcières.
Le scénario catastrophe que nous offre l’actualité de l’équipe de France au Mondial est l’illustration type d’un système en déconfiture en marche pour la boukérisation et la guillotine.
Dire que le résultat du Mondial était prévisible semblerait facile à dire. Et pourtant, les experts sportifs listent les symptômes que nous rencontrons en entreprise ou dans la vie de toute communauté en dérive: des talents sous-exploités, des relations interpersonnelles tendues, des pertes d’énergie, une remise en cause du management, l’absence de vision partagée….. et les conséquences sont les mêmes: le grand ménage à coups de balai.
J’ai demandé à des confrères coachs de me livrer une lecture de l’actualité:
Josyane HALBERSTAM, Christophe PEIFFER, Marie Claire FEUZE NGONO MEZANG et Landry RICHARD se sont prêtés au jeu:.
Dans un premier article nous avons pu apprécier les analyses de 3 coachs: Josyane HALBERSTAM, Christophe PEIFFERr et Marie Claire FEUZE NGONO MEZANG.
Un objectif de résultat ne suffit pas pour mener une équipe à la victoire.
Une équipe est un système vivant qui interagit avec d’autres systèmes et qui s’entend sur plusieurs niveaux. Quand les 6 niveaux ne sont pas alignés la performance n’est pas au rendez-vous.
Crédit image: Institut Repere
En référence aux niveaux logiques de Robert Dilts, c’est tout le système qui porte le chapeau du résultat. Tous les niveaux de responsabilité sont en charge de créer l’environnement idéal pour qu’une équipe puisse atteindre la performance. Et tous sont porteurs des valeurs et de la vision.
Écoutez l’explication de Nathalie Hamelin sur la perte de confiance en général .
Regards croisés
Renouer avec le lien : la cohésion d’équipe
Josyane Halberstam, dirigeante du Cabinet Jh Coaching et Accompagnement, coach personnel et professionnel certifiée, maitre praticien en Pnl, Master Coach et membre de l’International Coach Federation.
Pour elle le coaching c’est : Subtilité du lien. Idées qui émergent Enthousiasme du renouveau. »
L’équipe de France, est un exemple parfait de non cohésion d’équipe, d’individus qui sont reliés uniquement avec l’argent, le bling bling, et qui sont déconnectés de toute réalité sociétale.
on est loin du partenariat, de l’entraide et du partage de compétences. Avec leur entraineur, l’équipe s’est mise dans le triangle infernal, jouant tour à tour les rôles de victimes, persécuteurs , sauveurs.
Il me semble, que la première chose à travailler avec eux seraient de redéfinir la notion d’équipe, le jouer ensemble et surtout quel lien peut les unir.
Travailler sur le lien me semble indispensable : mettre en avant les valeurs de respect, de civisme , sens de l’équipe, et puis travailler également sur le savoir vivre, tout simplement.
Renouer avec le sentiment d’appartenance
Christophe Peiffer – Ressourcia
Coaching Professionnel & Personnel
Tous les témoignages et avis des consultants, experts et autres spécialistes du football ont balayé les causes et conséquences de l’échec des bleus à la coupe du monde. Je ne me substituerai donc pas à eux.
Cependant, un élément est peu apparu dans leurs analyses. Je l’ai entendu lors d’une interview d’un acteur et fan de foot, Francis Huster.
Il a évoqué la condition de qualification de l’équipe de France. Souvenons-nous de cette faute de main de l’attaquant Thierry Henry.
Dès lors, nous pouvons nous interroger:
– Individuellement, comment les joueurs peuvent assumer leur nouvelle Identité de « tricheur » ou « d’imposteur »? N’oublions pas que pour ces jeunes joueurs hyper exposés médiatiquement, leur identité est basée essentiellement par l’image qu’ils renvoient.
– Collectivement, comment une équipe peut gérer cette même identité bafouée par l’évènement précédemment cité? N’oublions pas qu’une équipe est une entité qui a sa propre vie et dynamique, dont l’unité est ( ou devrait être dans le cas présent) plus que la somme des individualités présentes
Prenons comme référence le système des niveaux logiques de Robert Dilts:
Partant du principe que chaque niveau est en interaction avec les niveaux qui lui sont supérieurs, il est aisé de constater que tous les niveaux infra identitaires (valeurs/croyances, capacités, comportements, environnement) sont de fait impactés par cette « crise identitaire ».
Pour finir et ouvrir le champ des possibles, il serait peut-être judicieux de « travailler » sur le niveau supérieur à celui de l’Identité:
La Mission et le sentiment d’appartenance à quelque chose qui transcende le foot, le mondial, le business… mais ça c’est au nouveau sélectionneur de le construire.
Renouer avec une vision partagée
Marie Claire FEUZE NGONO MEZANG
Coach Certifiée ICI – Praticienne Investigation Appréciative
Directrice fondatrice d’ERUDIS PREMIUM. Première Société de Coaching au Cameroun.
Profil Viadeo
Les incidents de l’Equipe de France à la Coupe du monde 2010 me donnent l’impression d’une montagne de silence, un manque d’écoute, de valorisation et donc de dialogue.
J’aime beaucoup utiliser l’outil « positions de perception » qui aurait pu faire comprendre le stress des joueurs généré par une forte attente.
Le staff a une équipe composée de joueurs talentueux d’origines diverses mais n’a pas pensé à créer le lien entre ces différents joueur ni construire sur cette richesse qui constitue son point fort.En clair, les dirigeants ne me semblent pas avoir pris conscience des enjeux : la dimension humaine qui a laissé suppurer pour certains de la solitude et pour d’autres du stress. Un coaching de Développement Personnel par ci, un coaching de transition par là selon le statut de chaque joueur, le tout consolidé par un coaching d’équipe qui aurait aplani les tensions, recadré sur l’objectif et créé une motivation commune.
A présent, voici la contribution de Landry RICHARD Advance Coaching – Préparateur Mental sportifs & Clubs Professionnels
Coach Professionnel certifié Mediat Coaching et Membre d’ICF France
Depuis le fiasco de l’équipe de France ces dernières semaines en Afrique du sud de nombreux experts et non-experts s’en donnent à cour joie pour tenter d’expliquer ce qui a provoqué ce « drame collectif » largement médiatisé depuis sa reprise politique.
En demandant une analyse de cet épisode malheureux de l’équipe de France, le gouvernement a lancé une «chasse aux sorcières » si appréciée des français.
Je ne souhaitais pas vraiment prendre part à cette analyse collective qui aurait pu avoir comme objectif de désigner un « pourquoi » , mais la tentation est trop forte de partager mon point de vue de coach pour proposer un « comment faire mieux » .
Le coaching n’est certainement pas une pratique diagnosticienne, peut-être un peu analytique, c’est donc dans un esprit orienté solution que j’y mets l’hypothèse de la production d’un effet « Janis » ou illusion groupale.
Selon Gustave-Nicolas Fischer dans La psychologie sociale, la pensée groupale (Janis) désigne le fait qu’à l’intérieur du groupe se développent des mécanismes psychologiques qui incitent les individus à rapprocher leurs points de vue les uns des autres, à développer une cohésion qui leur fait prendre des positions irrationnelles ; elles se manifestent en particulier par le fait que l’on ne tient plus compte des réalités extérieures et, de ce fait, la décision prise est souvent boiteuse.
La pensée groupale comporte plusieurs aspects qui interviennent dans les prises de décision:
- le sentiment d’invulnérabilité qui fait que le groupe par exemple peut se croire au-dessus des lois
- la conviction d’être dans son bon droit
- la tendance à dénaturer une information contraire à la décision du groupe
- les pressions exercices sur les membres afin qu’ils soutiennent la décision majoritaire
- la tendance des membres à construire des stéréotypes concernant des personnes opposées à leur décision.
Les membres d’un groupe sont plus intéressés et préoccupés à sauvegarder leur cohésion ou à défendre le groupe contre des menaces externes plutôt qu’à trouver et à aboutir à une décision rationnelle.
Aucune des interviews de joueurs ou de dirigeants n’a démontrée aujourd’hui que le groupe manquait de cohésion.
Patrice EVRA le capitaine des bleus déclarait à la presse le 19/06/2010
« Le problème ce n’est pas Nicolas Anelka, le problème c’est le traitre, (…) Je ne
peux plus dire que le groupe est saint puisqu’il y a quelqu’un qui sort les
infos »
Cet exemple montre bien que loin de la recherche d’efficacité sportive, le
groupe voulait continuer à entretenir son illusion groupale, au-delà de toute
rationalité.
5 conditions prédisposent à l’effet « Janis » :
- la cohésion élevée du groupe
- l’isolement par rapport au corps social ou à d’autres groupes
- l’absence de définition de la méthode dans le travail du groupe
- le leadership très directif
- la situation globale anxiogène et stressante.
La manière de diriger l’équipe de France n’est connue du public que par les bribes journalistiques. Aussi, même s’il est peut probable de pouvoir analyser en profondeur ce qu’il s’est réellement passé dans la mise en place de ces 5 conditions au sein de l’équipe de France, les futurs dirigeants devront avoir une réflexion « méta » en permanence, dans le but d’observer leurs propres pratiques pour pouvoir éviter qu’à nouveau, l’illusion groupale ne s’installe.